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Ceux qui se trouvaient toujours au mauvais endroit au mauvais moment - guérison du traumatisme

Psychologue ouvrant un livre vierge

Le traumatisme modélise notre structure cérébrale et influence nos comportements


Certaines personnes restent dans des situations dangereuses et au service de leur bourreau. D’autres tendent à répéter des schémas chaotiques avec des chemins de vie parsemés d’échecs, de liens toxiques, de mises en danger,... Est-ce par faiblesse de caractère ou manque de volonté ? Et, si une part de la responsabilité appartenait au cerveau ?


Les blessures laissent des traces et modifient la structure du cerveau. Chaque expérience modèle nos connexions neuronales et ainsi, « Si on se sent aimé et en sécurité, le cerveau se consacre à l'exploration et au jeu. Si on est effrayé et non désiré, il se spécialise dans la gestion de la peur et de l’abandon (Bessel Van Der Kolk, Le corps n’oublie rien, Albin Michel, 2018).” Lorsque les expériences difficiles se répètent, les personnes peuvent finir par se préparer constamment au danger, incapables de différencier une menace réelle d'un “simple” déclencheur ravivant une émotion du passé. Cette vision erronée de leur environnement génère un taux d’anxiété important.


Pour supporter ou apaiser ces ressentis d’angoisse, elles peuvent être amenées à mettre en place des stratégies de régulation: trouble obsessionnel compulsif, consommation de substances, troubles alimentaires, surmenage, conduites à risque,... Ces comportements donnent la sensation de reprendre une sorte de contrôle et soulagent à court terme. Sur une longue durée, ils peuvent cependant devenir une cause supplémentaire à la souffrance.


La dissociation comme mécanisme de défense mais aussi perte de repères


Lorsqu’une situation apparaît trop dangereuse, il est possible de se retrouver dans l’impossibilité de fuir ou de combattre, le cerveau se débranche et laisse place à la dissociation. Un état cérébral qu’on appelle aussi de “mort feinte” lors duquel nous sommes figés, ne sentant plus rien, incapables de raisonner ni de réagir. Nous devenons spectateurs de ce qui nous arrive. Ce mécanisme, s’il est avant tout protecteur, peut devenir problématique lorsqu’il s’impose à la personne régulièrement sans qu’elle le contrôle.


Les personnes traumatisées peuvent alterner entre un état d'hyperactivation du système nerveux fait d’angoisse et d’agitation et, un état d’hypoactivation caractérisé par de l’apathie et de la léthargie. Elles incarnent des corps qui sont tantôt prêts à exploser ou à s’éteindre. Ce manque de contrôle sur leur état émotionnel génère une grande insécurité vis-à-vis du monde et d’elles-mêmes.


Les traumatismes perturbent notre capacité à ressentir nos émotions.


D’abord, parce que le nerf vague ne joue plus correctement son rôle. Or, son action est primordiale dans la capacité à ressentir des émotions, évaluer le taux de satisfaction de nos besoins et dans la régulation du stress. Ensuite, car les aires frontales et le cerveau gauche consacrés aux capacités d’analyse et de logique sont inhibés, laissant place à une sur-activation de l’amygdale. La peur et l’angoisse sont donc ressenties d’une façon intensifiée. L’ensemble de ces altérations cognitives génèrent une sentiment d’insécurité, un manque de connaissance et d’estime de soi.


Au milieu de ce rollercoaster émotionnel, il n’est pas rare de développer une phobie de son monde interne et de ses sensations, tant ces dernièrespeuvent apparaître insupportables. Coupées de leurs ressentis, ces personnes finissent par ne plus pouvoir s’orienter dans leurs vies, elles ne savent plus ce qui est juste pour elles, ce qu’elles aiment ni qui elles sont. Elles perdent leur boussole intérieure, n’ont plus de repères ni d’élan pour la vie.


Se déconnecter de ses ressentis et répéter des schémas chaotiques


Cette coupure avec les sensations du corps génère l’impression d’ un vide intérieur. Pour se sentir vivantes, leur cerveau cherche à secréter des endorphines. Ces personnes peuvent alors être à l'affût de sensations fortes et développer des comportements risqués (sport extrêmes, relations destructrices, abus de substances,...) pour retrouver une forme de vibration interne.


Déconnectées des émotions qui permettent d’alerter d’un danger dans l'environnement, ces personnes se retrouvent dans des situations complexes puisqu’elles perdent leurs antennes.


Ce va-et-vient entre hyperactivité et hypoactivité peut générer diverses fausses croyances à propos d’elles-mêmes, notamment le fait de se penser incapables d’évoluer ou de s’en sortir, partant de toute façon perdantes face auxobstacles. Elles manquent de confiance en leurs compétences et se sentent impuissantes face à l’adversité de la vie. Elles considèrent qu'elles n’ont pas d’autres choix que de subir des situations dangereuses et elles répètent donc des schémas chaotiques.


La responsabilité de se soigner


Dans notre société, la souffrance liée à un trouble de stress post-traumatique est largement incomprise. La tendance à répéter des situations catastrophiques lorsqu’elle est corrélée à cet état, est souvent considérée comme de la faiblesse de caractère ou un manque de volonté. Il existe pourtant des liens de causes à effet évidents entre ces comportements et les mécanismes cognitifs cachés derrière le traumatisme. Sans reconnaissance ni compréhension de ce qu’elles vivent, les personnes en trouble de stress post-traumatique ne peuvent pas le conscientiser et donc, avoir un levier d’action. Sans douceur ni indulgence envers ce qu’elles traversent: elles seront prises par la honte et la culpabilité, ce qui les fige dans une incapacité à demander de l’aide. Il est donc essentiel qu’elles se sentent libres d’exprimer leurs difficultés pour recevoir le soutien et le soin dont elles ont besoin.


Aujourd’hui, la population des personnes souffrant d’un trouble de stress post-traumatique est largement représentée en prison (17% des hommes et 40% des femmes emprisonnés à travers le monde (Belet, D’Hondt, Horn, Amada; trouble de stress post-traumatique en milieu pénitentiaire; l’encéphale,2020)). On comprend dès lors qu’il est devenu d’utilité publique de mieux comprendre et communiquer sur ce trouble. T out comportement à risque impactant certainement la personne qui le génère (automutilation, alcoolisme,...), mais aussi, ceux et celles qui peuvent en être les cibles (vols à mains armées, agressions sexuelles,...).


Nous ne sommes pas responsables des traumatismes vécus, mais, nous serons toujours responsables de ne pas nous soigner. D’abord, pour notre propre bien-être. Ensuite, pour protéger nos pairs. Finalement et principalement, pour briser les chaînes de traumatismes transmis de générations en générations.


La voie de la guérison


Parler, nommer et comprendre les processus est primordial. Mais, cela ne suffira pas toujours. Pour guérir, ces personnes devront développer la capacité de se sentir en sécurité avec elles-mêmes et si possible, avec les autres, au moyen d’approches et d’outils qui impliquent le corps. Il s’agira de se remettre en mouvement, de libérer les énergies traumatiques et de reconnecter la têteet le corps.


Il existe de nombreuses voies thérapeutiques et chacun devra trouver la sienne, à son propre rythme. Tout le monde peut décider de surmonter sa douleur plutôt que de la subir.


L’essentiel est d’oser s'engager vers la guérison. Puissions-nous tous développer

de l’empathie et de la bienveillance les uns envers les autres.



Antoinette Vandenkerkchove

Neuropsychologue

Psychologue clinicienne

@Psydytrauma

 
 
 

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Antoinette Vandenkerckhove

Je consulte à l'avenue des Sept Bonniers à Forest tous les jours de la semaine excepté le vendredi matin. Le vendredi en matinée, je reçois au centre Virages situé avenue Armand Huysmans n°197 à Ixelles.

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